Les Échecs : horreur, mais aussi harmonie suprême
Soudain, il ressentit une douleur cuisante, bien qu’elle n’affectât pas son être véritable, et il poussa un grand cri en secouant sa main mordue par la flamme d’une allumette qu’il avait frottée en oubliant de l’approcher de sa cigarette. La douleur se calma aussitôt, mais, dans le jaillissement de la flamme, il avait entrevu quelque chose d’effrayant et d’insupportable. Il prit conscience des abîmes affreux où le plongeaient les échecs, jeta, malgré lui, un nouveau regard sur l’échiquier — et sa pensée s’alourdit sous le poids d’une fatigue qu’elle ne connaissait pas. Cependant, les échecs étaient sans pitié ; il était leur prisonnier et aspiré par eux. Horreur, mais aussi harmonie suprême : qu’y avait-il, en effet, au monde en dehors des échecs ? Le brouillard, l’inconnu, le non-être… Soudain, il s’aperçut que Turati n’était plus assis, mais se tenait debout, les mains derrière le dos. « Partie interrompue, maître, dit une voix derrière lui. Notez votre coup. » — Non, non,encore », supplia-t-il, cherchant du regard celui qui avait parlé. — Partie interrompue », répéta derrière lui la même voix, une voix frétillante. Il voulut se lever et n’y parvint pas. Il s’aperçut alors qu’il venait de reculer, sans quitter sa chaise, et que des inconnus s’étaient rués, féroces, vers l’échiquier, cet échiquier où, tout à l’heure encore, était concentrée toute sa vie, et qu’ils se disputaient et hurlaient en déplaçant vivement les pièces.
Qui est-ce :
- Le petit joueur d’échecs d’Ogawa Yôko ?
- Louijine le héro de La Défense Loujine de Vladimir Nabokov ?
- Monsieur B, le personnage de Stefan Zweig dans Le Joueur d’échecs ?





















