Le grand oncle Albert

photo échecs  début XX
Le jeu d’échecs est de style Régence, nous précise Pierre.

Notre ami Pierre déniche dans les archives familiales ce tirage photographique réalisé à partir d’une plaque de verre négative datant du début du XXe siècle. On y découvre deux messieurs endimanchés s’affrontant pour la traditionnelle partie dominicale dans le jardin. Le grand tonton est à droite.

Pierre nous apporte quelques précisions sur cette photographie : « La scène se déroule à Champvans (Haute-Saône), au début du XXe siècle. Ma famille appartenait à une bourgeoisie modeste. Le jeune homme assis à droite est mon grand-oncle Albert. C’était le surdoué de la famille ! Il obtint son baccalauréat au début du XXe siècle¹, ce qui était encore rare à l’époque. C’était aussi un sportif accompli : il traversait l’Ognon en apnée, un exploit peu banal. Il parlait couramment anglais, une compétence rarissime en Franche-Comté à cette époque. Il fit ensuite carrière à un poste important au sein de la Compagnie des Chemins de Fer. En revanche, il n’y avait pas de tradition échiquéenne dans la famille. Il faut dire que mon grand-père Henri, le frère d’Albert, était aveugle, ce qui ne favorisait guère la pratique des jeux de société… même si cette photographie pourrait laisser croire le contraire ! »

Au-delà de son charme, cette image raconte une époque où la pratique des échecs était souvent réservée aux milieux les plus instruits et les plus aisés. Les costumes élégants, le cadre du jardin et le soin apporté à cette photographie en témoignent. Un siècle plus tard, les temps ont changé. À l’Échiquier bisontin, nous avons choisi de faire exactement le chemin inverse : porter les échecs là où ils étaient rarement présents, dans les quartiers prioritaires ! Dans les écoles, les collèges, les maisons de quartier, sur les places publiques ou au pied des immeubles, nous voulons que chacun puisse découvrir ce jeu, quels que soient son origine, son quartier ou son parcours.

Cette photographie est ainsi bien plus qu’un souvenir de famille. Elle nous rappelle le chemin parcouru par les échecs, passés d’un loisir souvent réservé à quelques privilégiés à une activité que nous souhaitons aujourd’hui populaire, ouverte et accessible à tous.

¹ Un détail pittoresque : pour passer son baccalauréat à Besançon, mon grand-oncle devait rejoindre à pied la petite gare la plus proche de Champvans (ma famille n’a eu une automobile que dans les années 1930) pour prendre le « tacot ». Voyager seul n’était pas une partie de plaisir à l’époque, car les brigands étaient encore nombreux (c’était le temps des Brigades du Tigre). Comme il devait traverser un bois de mauvaise réputation, il avait acheté spécialement un revolver de poche.

Vous aimerez aussi...