Une histoire de fou

« C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous. »
Érasme
Un psychiatre, ami du champion du monde Mikhail Tal, lui proposa un jour de disputer une partie contre l’un de ses patients, dont la folie consistait précisément à se croire champion du monde d’échecs. Tal, amusé par l’expérience, accepta volontiers et accompagna le médecin à l’hôpital psychiatrique.
La partie commence. Très vite, le « Magicien de Riga » comprit qu’il n’avait pas affaire à un amateur ordinaire. Son adversaire jouait avec inspiration, audace et imagination. Tal dut lutter longuement avant de parvenir, non sans difficulté, à arracher la victoire. Quelque temps plus tard, on propose au Magicien de Riga le match retour et, étonnement, Tal n’a aucune difficulté à vaincre la résistance de son opposant. Après une seconde partie gagnée tout aussi aisément, Tal s’étonne :
— Pourquoi à présent joue-t-il comme un enfant ? »
Avec un sourire de contentement, le psychiatre répond :
— Misha, c’est parce que nous l’avons guéri ! »
« Il n’y a point de génie sans un grain de folie » disait Aristote. Et peut-être point de folie sans une étincelle de génie. La morale échiquéenne de cette histoire, si elle doit en avoir une, est qu’il faut croire en son propre génie devant l’échiquier. C’est lorsque nous croyons réellement en nous que nous sommes capables des plus grandes choses. Cette flamme éteinte, nous redevenons simplement des hommes ordinaires.





















