Les Échecs Médiévaux
La marche des pièces : le Pion et le Roi

Nés en Inde, au VIe siècle, les Échecs (ou chatarunga) firent leur apparition en Europe aux alentours de l’an mille, rapportés de Perse par les Seigneurs arabes d’Espagne et sans doute également par les Croisés à leur retour d’Orient. Au fil des siècles, les pièces et les règles ont évolué, notamment dans les déplacements des pions.

Au Moyen-âge, les pions se déplaçaient peu alors que durant la Renaissance, leur mobilité a nettement augmenté. Le pion avançait comme aujourd’hui, d’un pas en avant, sans avoir le privilège d’avancer sur la quatrième et cinquième rangée, s’il était encore sur sa case d’origine, bien que dans certaines régions d’Europe, le double pas initial du pion était déjà pratiqué.
Depuis l’origine du jeu, le roi est la pièce principale, mais aussi la plus vulnérable : il ne se déplace que d’une case et ne peut se défendre lui-même. Le but du jeu est de l’empêcher de bouger, pour finalement le « mater », c’est-à-dire, le mettre à mort. Au sens figuré, cette expression signifie « soumettre quelqu’un ».
Au Moyen Âge, pourtant, l’objectif n’est pas encore de faire mat. Il s’agit plutôt de massacrer les pions adverses : on joue comme on mène une guerre, sans pitié pour la piétaille. Les petits pions sont sacrifiés sans vergogne, comme le fantassin dans la mêlée féodale. La stratégie, au sens moderne, n’existe pas. Le jeu se résume à un affrontement brutal, à l’image des combats entre seigneurs féodaux.
On raconte d’ailleurs qu’à la bataille d’Azincourt (1415), un chef de guerre français — probablement le duc d’Alençon ou un autre noble empressé — lança sa cavalerie à l’assaut, piétinant sa propre infanterie pour atteindre plus vite la chevalerie anglaise. Juste retour des choses : ses troupes furent décimées par les flèches des archers anglais. Comme sur l’échiquier médiéval, les fantassins étaient considérés comme négligeables.
Il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que les pions soient enfin reconnus à leur juste valeur. Sous l’influence du Français François-André Danican Philidor, les parties sont pensées en termes de développement progressif, de position, de manœuvre. « Les pions sont l’âme des échecs », ce principe stratégique majeur, naît dans le siècle des Lumières, au moment même où émergent les idées nouvelles sur l’importance du peuple, qui mèneront bientôt à la Révolution.

La marche royale du monarque moyenâgeux est la même qu’aujourd’hui, Son Altesse s’avance d’un seul pas majestueux. Des règles régionales permettent au Roi ou à la Reine d’effectuer un saut à deux cases (sans prise) à leur premier mouvement. Le roque n’existe pas encore. C’est vers 1560, pour parer aux effets dévastateurs des pièces aux pouvoirs renforcés, que le roque est inventé et, progressivement, remplacera le saut initial du Roi ou de la Dame qui devient obsolète. Le Roi est l’une des deux seules pièces, avec le Cavalier, a avoir traversé les siècles sans que sa forme ou son déplacement n’aient été modifiés.

Dans la position du deuxième diagramme, le Roi noir ne serait ni mat, ni en échec. Il pourrait se déplacer en toute légitimité en d8 ou e8, la Reine se déplaçant uniquement sur les diagonales.

¹ Pour conférer au « plus noble des jeux » le prestige et la légitimité d’une origine prestigieuse, les auteurs médiévaux ont invoqué de célèbres figures de l’Antiquité. Parmi les noms les plus fréquemment cités figurent Achille, Ulysse, Palamède, Xerxès, Aristote ou encore le roi Salomon.