Un conte d’Halloween
Le vampire vaincu par la croix
Ivan avait coutume de passer ses soirées à la taverne voisine où il disputait de longues parties d’échecs. Il y retrouvait une belle jeune femme au teint pâle et aux cheveux d’un noir profond. Il en était éperdument amoureux. Soir après soir, ils s’affrontaient devant l’échiquier, Ivan, espérant de plus doux combats, sans que le jeune homme se doutât du terrible secret que dissimulait sa compagne.
Une nuit, pourtant, quelque chose changea dans son attitude. Elle semblait nerveuse, impatiente, presque fébrile. Comme elle portait brusquement la main vers la fenêtre, ses doigts effleurèrent la vitre ; aucun reflet n’y apparut. Se tournant vers elle, le jeune homme vit alors se dessiner, aux commissures de ses lèvres, deux longues canines acérées.
— Je suis désolée, lui dit-elle d’une voix calme, mais je vais devoir te mordre. J’ai faim et je n’ai pas dîné. »
Ivan sentit le sang se retirer de son visage. La femme qu’il aimait était un vampire ! Il jeta un regard affolé vers la porte, mais elle avait déjà deviné son intention.
— N’espère pas t’échapper. Tu n’auras pas fait un pas que je t’aurai rattrapé. »
Comprenant que toute fuite était impossible, le malheureux chercha un dernier moyen de retarder son sort.
— Puisque ma vie doit s’achever cette nuit, accorde-moi une dernière faveur : laisse-moi terminer cette partie. »
La jeune femme consentit, amusée par cette étrange requête. Après tout, quelques minutes de plus ne changeraient rien à son festin.
Ivan se pencha sur l’échiquier. Derrière son apparente résignation, son esprit travaillait fébrilement. Chaque coup pouvait lui offrir une chance, si mince fût-elle, de déjouer le piège. Il joua rapidement, obligeant son adversaire à répondre sans prendre le temps d’examiner toutes les conséquences.
Un silence glacial envahit l’auberge. Sur l’échiquier, les pièces formaient une croix, dressée entre le vampire et sa proie comme un rempart sacré. À cette vue, la créature poussa un cri déchirant. Son visage se contracta d’épouvante, puis elle disparut dans un souffle sinistre.
Ivan demeura quelques instants immobile, incapable de croire à sa délivrance. Puis il s’élança vers la porte et s’enfuit dans la nuit, sans jamais regarder derrière lui. On raconte qu’il ne s’assit plus jamais devant un échiquier. Quant à l’auberge, nul ne sait si le vampire y revint un jour chercher une nouvelle victime.























