Un jeu de chevaliers et de princes

Vêtu d’une cotte de mailles et drapé dans un long manteau, ce guerrier se tient debout, prêt à combattre. Ses épaules légèrement voûtées semblent porter le poids de son équipement, tandis que son visage ouvert laisse apparaître une expression presque souriante.
Les nombreuses pièces découvertes au cours des fouilles archéologiques permettent de supposer que les échecs étaient couramment pratiqués au Moyen Âge, du moins par les classes nobles. Leurs dispositions sur les sites, dans ou autour des habitats de la classe aristocratique, ne laissent point de doute. Les dés, le trictrac, les merelles médiévales, où deux joueurs devaient aligner des pions, étaient plus joués par la soldatesque et le bas peuple. Cette différence n’était pas uniquement culturelle, le coût d’acquisition élevé d’un échiquier et de ses pièces réservait ce jeu à l’élite.

Bien que les cavaliers et les fous soient en nombre égal sur l’échiquier, les pièces médiévales représentant des cavaliers sont aujourd’hui plus nombreuses à avoir été conservées. Cet exemplaire montre un chevalier élégamment campé sur sa monture, affrontant un dragon, symbole du mal. En l’absence d’une auréole et d’une princesse à délivrer, il pourrait presque être confondu avec saint Georges, qui, selon la légende, terrassa un dragon.
Les fictions littéraires de l’époque témoignent également de la pratique des échecs par l’ensemble de la noblesse, mais là encore, le prix d’un bel échiquier limitait sans doute la diffusion du jeu : « Cette omniprésence des soixante-quatre cases n’était certainement pas aussi marquée. La prégnance de l’échiquier dans la vie des aristocrates ne serait donc parfois qu’un stéréotype littéraire sans rapport avec la réalité – les formules récurrentes dans les textes décrivant un noble jouant a dés, as tables, as eschés seraient la marque de ce cliché. Cependant, le public à qui s’adressent ces textes devait quand même connaître les échecs, sans quoi on comprendrait mal la permanence de ce topos¹. »
Les échecs constituaient alors, pour les jeunes aristocrates, un moyen d’apprentissage favorisant l’acquisition de connaissances et le développement des capacités intellectuelles. Les cours chrétiennes féodales adoptèrent ce jeu, qui permettait d’affiner les compétences stratégiques de ses pratiquants. L’impassibilité et la prévoyance qu’il exigeait étaient considérées comme des qualités essentielles du prince guerrier. « Reconnus à la fin du Moyen Âge à condition d’avoir rompu toute attache avec l’argent et le hasard¹. »
¹ Amandine Mussou et Laëtitia Tabard, La règle du jeu au Moyen Âge : « On ne peut bien sans regle ouvrer », 2010.






















