Les voies obliques

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« Le pion, dans sa simplicité, marche droit devant lui, mais lorsqu’il prend, il le fait obliquement. Ainsi, l’homme, tant qu’il reste pauvre, marche dans la droiture et vit honnêtement, mais lorsqu’il recherche les honneurs, il flatte, se parjure et, par les voies obliques, cherche une position supérieure sur l’échiquier du monde. »

Jean de Galles († 1295 à Paris), franciscain, philosophe et théologien gallois.

Au Moyen Âge, les échecs ne sont pas seulement un jeu de stratégie : ils deviennent un puissant outil d’enseignement moral. Théologiens et prédicateurs s’appuient sur les pièces et leurs déplacements pour illustrer les vertus, les devoirs et les travers des hommes. L’exemple le plus célèbre est celui de Jacques de Cessoles, dominicain italien, dont le traité Liber de moribus hominum et officiis nobilium super ludo scaccorum (Le Jeu des Échecs Moralisés), rédigé à la fin du XIIIᵉ siècle, connut un immense succès dans toute l’Europe. Traduit dans de nombreuses langues et largement diffusé grâce à l’imprimerie naissante, il fit des échecs une véritable allégorie de l’ordre social, où chaque pièce symbolisait une fonction et une responsabilité au sein de la société.

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Le Jeu des Échecs Moralisés, manuscrit 1405-1410 – Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

La réflexion de Jean de Galles s’inscrit dans cette même tradition : les règles du jeu deviennent un langage moral, et le déplacement du pion une leçon sur les dangers de l’ambition et des compromis

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