La tigresse à Tigran

L’histoire des échecs ne se préoccupe guère des compagnes de nos champions, sinon pour s’en moquer, comme ce fut le cas de la dernière épouse d’Alexander Alekhine, quelque peu enrobée et chargée d’ans, que l’on surnommait la « veuve de Philidor ». L’épouse de Tigran Petrosian, Rona, semblait quant à elle dotée d’un fort caractère. Toujours protectrice de son mari, le défendant avec bec et ongles, elle donna une gifle retentissante à Alexei Suetin, l’entraîneur de son époux, lorsque celui-ci perdit contre Bobby Fischer lors du Tournoi des Candidats.
Une autre anecdote concernant cette brave épouse montre jusqu’où elle pouvait aller. Au tournoi de Zagreb, en 1970, Bobby Fischer, despotique comme à l’accoutumée, domine la compétition. Madame Petrosian, agacée par les caprices de diva de notre Bobby, décide qu’il faut agir pour changer le panorama. Fischer dispute alors une partie contre Vlatko Kovacevic, qui possède l’initiative. Rona assiste à la rencontre depuis la salle de presse et entend des commentateurs affirmer que Kovacevic dispose d’un coup gagnant pour bouter Fischer hors de l’échiquier. Sans plus attendre, elle se dirige vers la salle de jeu, s’approche de Vlatko et lui glisse à l’oreille le coup victorieux, que ce dernier s’empresse de jouer, remportant ainsi la partie. Les efforts de « Maman » Petrosian furent toutefois vains, car Bobby Fischer remporta finalement le tournoi avec brio, ne perdant que contre Kovacevic.
Certains témoignages nuancent cette anecdote. Selon une autre version, Rona Petrosian se serait simplement approchée de Vlatko Kovacevic pour l’avertir d’un piège préparé par Bobby Fischer, repéré lors d’une analyse menée par Tigran Petrosian et Viktor Kortchnoï dans la salle d’analyse. Kovacevic déclara plus tard ne pas avoir compris ce que Rona lui disait, ne parlant pas russe, et affirma avoir trouvé le coup gagnant par lui-même. Pour les curieux : la partie entière.





















