La méthode Silman

La méthode Silman est une approche stratégique des échecs qui vise à aider les joueurs à construire un plan dans une position donnée. Il nous invite à pratiquer la technique de la réflexion structurée : savoir reconnaître les particularités de la position. Elle repose sur une idée centrale,  avant de chercher des coups, il faut comprendre la position. Au cœur de cette méthode se trouve la notion de déséquilibres (inbalance en anglais), tout ce qui peut différencier la position blanche de la position noire. Une position d’échecs n’est jamais neutre : elle contient toujours des différences entre les deux camps. Ces déséquilibres peuvent concerner l’activité des pièces, la structure de pions, l’espace, le matériel, le contrôle de cases importantes ou encore l’initiative. L’identification de ces éléments est la base de toute réflexion stratégique. Pour lui, le véritable but d’une partie d’échecs n’est pas de faire mat, mais de provoquer un déséquilibre et de faire que ce déséquilibre soit un atout pour nous.

L’objectif de la méthode est simple : analyser ces déséquilibres pour déterminer où jouer et comment jouer. Une fois les déséquilibres identifiés, le joueur doit choisir la zone de l’échiquier dans laquelle il possède un avantage (aile roi, centre ou aile dame), puis élaborer un plan cohérent pour exploiter cet avantage. Cette approche marque une rupture avec une vision purement tactique du jeu. Plutôt que de calculer des variantes sans direction, la méthode propose d’organiser la réflexion : comprendre la position d’abord, définir un objectif ensuite, puis seulement calculer les coups.

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Photo de James F. Perry – Creative Commons Attribution

Ainsi, la méthode Silman est avant tout une méthode de compréhension. Elle permet de transformer une position complexe en une situation lisible, en donnant au joueur des repères clairs pour orienter son jeu. Elle est particulièrement utile pour les joueurs en progression, car elle donne une logique au jeu positionnel et rend la recherche de plan beaucoup plus accessible. Une fois ce principe compris — à savoir que chaque position doit être lue à travers ses déséquilibres — il devient possible de structurer concrètement sa réflexion. Pour cela, la méthode propose une démarche précise en plusieurs étapes, qui permet de passer de la compréhension de la position à la recherche d’un plan, puis au choix des coups.

Dans toute position où il faut trouver un plan, la réflexion peut ainsi s’organiser de la manière suivante :

1. Identifier les déséquilibres positifs et négatifs pour les deux camps à partir de sept critères de déséquilibre :

      • Pièce légère plus active ;
      • Meilleur squelette de pions ;
      • Avantage d’espace ;
      • Avantage matériel ;
      • Contrôle d’une ligne ou d’une case clef ;
      • Avance de développement ;
      • Initiative.

 2. Décider du secteur de l’échiquier où agir (le secteur où existe un déséquilibre qui vous est favorable ou le secteur où par la suite vous pourrez provoquer un déséquilibre avantageux.)

 3. Concentrez-vous sur l’imagination de positions idéales que vous souhaiteriez atteindre, comme si vous pouviez jouer à volonté sans que l’adversaire n’intervienne, en plaçant vos pièces de manière optimale, presque comme si vous les parachutiez directement sur les cases où elles seraient les plus efficaces, sans vous soucier des règles de déplacement. Ne calculez aucune variante pour l’instant.

 4. Déterminer si certaines de ces positions idéales sont possibles. Si une ou plusieurs le sont, vous pouvez passer à l’étape numéro cinq ; sinon, vous devez trouver de nouvelles positions idéales et revenir à l’étape numéro trois.

5. Envisagez les coups candidats pour y parvenir. Les coups candidats sont tous ceux qui peuvent nous conduire à cette position idéale.

Étudions cette postion tirée de la partie Reuben Fine – Albert Beker de 1936

Les déséquilibres positifs pour les Blancs : ils possèdent une nette supériorité sur l’aile roi, avec cinq pions contre quatre, ainsi qu’une domination de leur dame sur cette zone, alors que la Dame noire est passive. Il s’agit probablement du déséquilibre principal de la partie. Les Blancs peuvent facilement faire progresser leurs pions sur l’aile roi, tandis que les pions noirs y sont bloqués. De plus, la tour blanche exerce un contrôle important sur la colonne d et sur la troisième rangée.

Les déséquilibres pour les Blancs sont les suivants : les Noirs ont une majorité de pions sur l’aile dame, et leur tour contrôle la colonne a. La dame noire contrôle également des cases clés, comme d7, d8 et c6, ce qui pourrait devenir important si les Noirs jouent c6 pour créer un pion passé sur l’aile dame.

On peut donc constater que tous les déséquilibres favorables aux Blancs se trouvent sur l’aile roi. Il est donc évident que le plan des Blancs doit se concentrer sur cette zone.

Passons à l’étape numéro trois et essayons d’imaginer des positions idéales que nous souhaiterions atteindre. On peut rêver, comme par magie, de placer notre tour en h8 pour donner un échec et mat parfait. Pour cela, il est nécessaire d’ouvrir la colonne h afin de pouvoir y transférer la tour. Une telle position représenterait le scénario idéal pour les Blancs.

Une autre position imaginaire pourrait être celle-ci :

avec ouverture de la colonne g et encore une fois les pièces blanches dominant le roi noir, très exposé.

Il semble donc que des plans utiles consistent à essayer d’ouvrir la colonne g ou la colonne h, et il est possible, dans cette position, d’ouvrir l’une de ces colonnes. Essayons maintenant de trouver des coups candidats.

Un autre coup candidat est de jouer g4 immédiatement, (ce qui fut jouer dans la partie) :

Il s’agit d’un exemple relativement simple, mais qui comporte tout de même un certain calcul. Elle peut sembler un peu compliquée et pas toujours facile à adopter dans ses propres parties, mais elle constitue un outil utile pour structurer sa réflexion. Ici, elle a permis de voir assez facilement que les Blancs devaient jouer à l’aile roi, et qu’ils devaient chercher à ouvrir la colonne h ou la colonne g, notamment avec le coup g4, ou éventuellement f3 suivi de g4.

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