Démocratiser les échecs…
… Changer de lieu ne suffit pas !
Dans son article publié dans L’Est Républicain, le journaliste et joueur d’échecs Mathys Granger s’intéresse au succès de ChessBar. Ces rendez-vous, organisés dans des cafés, attirent depuis plus d’un an des dizaines de joueurs et contribuent à donner une image plus conviviale et moins traditionnelle du jeu. Cependant, peut-on vraiment parler d’une réelle démocratisation de ce jeu millénaire, comme le suggère cet article ?
Ces soirées attirent avant tout un public déjà sensibilisé aux échecs : des joueurs réguliers, d’anciens pratiquants, des joueurs de club ou des personnes curieuses de découvrir le jeu dans un cadre plus convivial. En revanche, nous n’y rencontrons pas de personnes qui, jusqu’alors, ne pratiquaient pas les échecs, notamment parmi les habitants des quartiers populaires. Le cadre change, l’ambiance change, l’image du jeu évolue… mais le public touché reste finalement le même.

Mais pour nous, la véritable démocratisation commence ailleurs. Elle consiste à aller vers celles et ceux qui ne jouent pas aux échecs, qui ne pensent pas que ce jeu est fait pour eux ou qui n’auraient jamais l’idée de pousser la porte d’un club ou d’un ChessBar. C’est précisément le sens du projet de l’Échiquier bisontin. À Planoise et dans les autres quartiers prioritaires, dans les écoles, les collèges, les maisons de quartier, sur l’espace public ou lors d’animations ouvertes à tous, nous cherchons à aller à la rencontre de ces publics plutôt qu’à attendre qu’ils viennent jusqu’à nous. La différence est importante : proposer les échecs à un public déjà intéressé, c’est développer la pratique ; aller à la rencontre de personnes qui n’ont jamais joué, c’est chercher à élargir réellement ce public.
Notre propos n’est donc pas de dire qu’une forme de pratique serait plus légitime qu’une autre. Les ChessBar, les clubs, les tournois et les animations de quartier peuvent parfaitement être complémentaires. Mais si nous voulons réellement que les échecs cessent d’être perçus comme un jeu réservé à quelques initiés, nous devons aussi nous demander qui nous ne voyons jamais autour des échiquiers. Car la véritable démocratisation des échecs ne consiste peut-être pas seulement à déplacer l’échiquier. Elle consiste surtout à aller chercher ceux qui n’y sont pas encore.






















