Fischer : 19. …d4 ! L’invincible (1963)
Fischer était un maître de clarté et un roi dans l’art positionnel. Ces adversaires voyaient où il voulait aller, mais étaient impuissants pour l’arrêter.
Bruce Pandolfini
Lorsque cette partie débuta, le souvenir du « Game of the Century » hantait encore les esprits. Sept ans plus tôt, le jeune Fischer, âgé de 13 ans, avait stupéfié le monde en battant Donald Byrne, le frère de Robert. En ce jour de 1963, c’est donc un étrange duel familial qui se rejouait. Robert Byrne, grand maître solide et respecté, affrontait un Fischer de vingt ans, en pleine ascension vers sa légende. La rencontre allait devenir l’un des chefs-d’œuvre du génie américain.
Cette partie compte parmi les plus limpides et les plus éblouissantes jamais disputées. Fischer accepte délibérément d’isoler son pion d, choix qui intrigue les observateurs. Interrogé sur une éventuelle préparation, il réplique avec ironie : « Did we seriously think that he spent his time analyzing to death such arid variations for White ? ». K. F. Kirby, stupéfait, écrit : « Le jeu de Byrne était assez fabuleux… Après le onzième coup blanc, sa position semblait légèrement supérieure, ou du moins totalement sûre. Transformer une telle position en une position de mat en moins de onze coups relève davantage de la sorcellerie que des échecs ! Je ne vois pas qui pourra arrêter Bobby. » Cette rencontre demeure une véritable leçon de tactique et d’intuition créatrice.
Fischer transforme la symétrie en éclat, les faiblesses en feux d’artifice tactiques. Chaque sacrifice raconte une histoire, chaque coup révèle le génie de Fischer. Une leçon d’audace et de beauté qui fascine encore les amateurs d’échecs.




















