Alekhine : New-York (1927)
« Alekhine est un poète qui crée une œuvre d’art, à partir de quelque chose qui inspirerait à peine un autre homme, pour envoyer à la maison une carte postale. »
Max Euwe
En 1927, Alexander Alekhine conquiert le titre de champion du monde en battant José Raúl Capablanca au terme d’un match de 34 parties, alors même qu’il n’était pas donné favori. Quelques mois auparavant, les deux hommes s’étaient affrontés au prestigieux tournoi international de New York, véritable répétition générale avant le match mondial.
Le tournoi réunissait six joueurs d’exception : Capablanca, Alekhine, Nimzowitsch, Vidmar, Spielmann et Marshall. Chacun rencontrait ses adversaires à quatre reprises. Capablanca s’imposa de manière éclatante, invaincu, devançant Alekhine de deux points et demi. Dans leurs confrontations directes, le Cubain prit le dessus sur son futur challenger, confirmant alors son statut de favori pour le titre mondial.

Alekhine et Capablanca se rencontrent pour une partie avant le tournoi international d’échecs de New York 1927. Debout, de gauche à droite : Maroczy ; le Dr N. Lederer, directeur du tournoi ; R. Spielmann (Autriche) ; A. Nimzowitsch (Danemark) ; le Dr M. Vidmar (Yougoslavie) ; et Marshall.
Face à Frank Marshall, Alekhine réalisa un excellent tournoi : il le battit à deux reprises avec les pièces blanches et annula les deux parties jouées avec les Noirs. La partie commentée ici fut disputée lors de la 18e ronde, contre le toujours combatif et chevaleresque Marshall. Elle fut récompensée par un prix de beauté de 100 dollars, distinction rare et significative à l’époque. Ce qui rend cette partie particulièrement remarquable, au-delà de son élégance tactique, c’est l’équilibre constant entre attaque et prévention. Alekhine y démontre déjà les qualités qui feront sa légende : une coordination harmonieuse des pièces, une pression positionnelle patiente, et la capacité de transformer de petits avantages en menaces concrètes. Fidèle à sa réputation de joueur offensif, il n’en néglige jamais la sécurité de son Roi, illustrant parfaitement l’idée qu’une attaque réussie repose sur des fondations solides.
Cette partie illustre aussi le contraste stylistique entre les deux hommes : Marshall, génial tacticien et attaquant instinctif, face à Alekhine, créateur méthodique, capable de calcul profond mais aussi d’une compréhension stratégique supérieure. À New York, Alekhine n’est pas encore champion du monde, mais dans des parties comme celle-ci, il en a déjà l’allure.



















