« Le moment que je préfère le plus dans une rencontre, c’est celui où je sens que la personnalité de l’adversaire se brise. »
Qui s’exprime ainsi : Robert Fischer, Anatoly Karpov ou Garry Kasparov ?

Cette grande agressivité, Bobby Fischer la partage avec sans doute bien d’autres joueurs. « Les Échecs ne sont pas pour les âmes timides » disait Steinitz et une combativité positive est nécessaire. Mais cette agressivité, Bobby l’exerce avec une coloration sadique et quelque peu perverse, créant ainsi une relation malsaine avec ses adversaires. Il doit non seulement les vaincre, mais les détruire, les humilier ; « il faut détruire l’ego de l’autre… j’aime les voir se tortiller », avouait-il.

Quel grand champion était si pauvre dans sa jeunesse qu’il devait partager sa culotte avec son frère et ne sortait dans la rue qu’à tour de rôle :
- Wilhelm Steinitz ?
- Emanuel Lasker ?
- Bobby Fischer ?

Emanuel Lasker, toute sa vie, tira le diable, par la queue. Il est né dans la province prussienne de Brandebourg dans une famille juive. Son père, Adolf Lasker, chantre à la synagogue, dirigeait les prières liturgiques et les chants. Emanuel et son frère aîné Berthold sont envoyés à l’école à Berlin alors qu’il n’a que onze ans. C’est Berthold, étudiant à la faculté de médecine, qui lui apprend à jouer. Lasker, se faisait un peu d’argent en jouant aux Échecs dans les cafés locaux. Les parents d’Emanuel, inquiets de le voir consacrer tant de temps au jeu et pas assez à son travail scolaire, demandent à Berthold de lui trouver une école. Ironie, le directeur de cette nouvelle école n’était autre que le président du club d’Échecs de la ville et le professeur de mathématiques était le champion d’Échecs local, dire que le jeune Lasker se trouva dans son élément. Emanuel continua de montrer des talents remarquables à la fois pour les mathématiques et les Échecs.

Qui fut le plus jeune champion du monde : José Raúl Capablanca, Garry Kasparov ou Magnus Carlsen ?

José Raúl Capablanca fut le troisième champion du monde de 1921 à 1927, mais il a déjà 33 ans quand il conquiert le titre. Si Magnus Carlsen, le « Mozart des échecs » décroche le statut de grand-maître d’échecs à 13 ans, 4 ans avant Kasparov, en l’acculant au nul, c’est bien Garry qui le devance d’une petite année pour la possession du titre mondiale en 1985, il n’a que 22 ans et six mois quand il affronte Anatoli Karpov dans un match légendaire. La question était piégeuse, car certainement, Magnus Carlsen était plus précoce que le russe. Magnus Carlsen est devenu champion du monde jeune, mais un peu plus tard, à 22 ans et 11 mois, en 2013.

Depuis quand, les Blancs jouent-ils en premier :
- le Moyen-Âge ?
- l’époque de Philidor ?
- la fin du XIXe ?
Il est pour nous, aujourd’hui, une évidence, en nous installant devant l’échiquier, que les Blancs auront le trait. Et pourtant, cette convention est plus récente qu’on ne le croit. Reliquat peut-être de l’esprit chevaleresque d’antan, d’un Messieurs les Anglais, tirez les premiers. François-André Danican Philidor, dans l’édition originale de son célèbre traité Analyse du jeu des Échecs, cite une partie dans laquelle les Noirs se déplacent en premier :

Phillip Sergeant, dans son A History of British Echecs rappelait qu’Alexander McDonnel (1798-1835), au cours du match qui l’opposa à Labourdonnais, préférait avoir les Noirs en tant que premier ou deuxième joueur. C’était une mode courante à cette époque, qui persista chez un grand nombre de joueurs. Dans l’Immortelle d’Adolf Anderssen contre Lionel Kieseritzky, le 21 juin 1851 à Londres, partie devenue célèbre pour les sacrifices audacieux (deux tours, un fou et une dame), Anderssen a les Noirs, mais joua en premier.
L’Exposition universelle de Londres attira plusieurs dizaines de milliers de visiteurs des pays étrangers. Le Britannique Howard Staunton, considéré comme le meilleur joueur de l’époque, souhaite affronter l’élite européenne. Plusieurs pays envoient leurs meilleurs joueurs et Anderssen représente l’Allemagne, un inconnu pour les Anglais. Mais, en demi-finale, en cinq parties, Anderssen élimine Staunton sur le score de 4 à 1. Une défaite que Staunton, homme sombre et orgueilleux, n’apprécia guère, mais qui assoit définitivement la réputation d’Anderssen comme l’un des meilleurs joueurs de l’époque.

Cette partie inspira et ravit d’innombrables joueurs d’échecs. Considérée comme typique de l’ère romantique dans laquelle les joueurs aimaient sacrifier du matériel allègrement pour s’approcher rapidement du roi ennemi. Anderssen débuta également avec les Noirs dans trois de ses parties (6e, 8e et 10e) contre Paul Morphy lors du fameux match de 1858 à Paris, jouant 1.a3 e5 2.c4, une défense sicilienne avec un tempo supplémentaire.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la pratique des Blancs jouant en premier n’était pas encore devenue une norme. George Walker dans son traité populaire The Art of Chess-Play, A New Treatise on the Game of Chess (1846), énonce les règles du London’s St. George’s Chess Club : le joueur qui joue en premier a le choix de la couleur ; si les joueurs jouent plusieurs parties dans la même séance, le trait changera à chaque partie, mais chaque joueur continuera à utiliser la même couleur qu’il avait à la première partie. Staunton observe encore en 1871 que « beaucoup de joueurs cultivent toujours l’habitude idiote de jouer exclusivement avec la même couleur. »
En 1880, la règle 9 du Tournoi de New-York spécifie : « À chaque ronde, le joueur aura le trait alternativement ; à la première partie, les blancs seront déterminés par tirage au sort et joueront en premier. Dans tous les cas, le joueur ayant le trait jouera les Blancs. »
Trois ans plus tard, le Revised International Chess Code, publié au tournoi de Londres en 1883, dans sa règle 2 « Before the beginning of the first game the first move and choice of colour are determined by lot. The first move changes alternately in match play », prévoyait encore que le joueur ayant remporté le tirage au sort le droit de jouer en premier pouvait également choisir sa couleur. En 1889, Wilhelm Steinitz écrit dans The Modern Chess Instructor que « dans tous les matches et tournois internationaux et publics […] il est de règle que le premier joueur soit les Blancs. » Emanuel Lasker se sent encore obligé d’affirmer dans son Manuel, publié pour la première fois en 1927, que « les Blancs jouent le premier coup. »
« Je n’avais pas encore quatre ans, quand un jour, j’entrais dans le bureau de mon père et le vis joué avec un ami. Jamais auparavant, je n’avais vu une partie d’Échecs et les pièces attirèrent mon attention. Le jour suivant, je revins observer jouer mon père. Le troisième jour, mon père, qui était un débutant, déplaça son Cavalier d’une case blanche à une autre de la même couleur. Son adversaire, pas meilleur joueur, ne s’en aperçut pas. Mon père gagna la partie et je lui dis qu’il avait triché. C’est tout juste s’il ne me jeta pas hors de la pièce. Je lui fis remarquer ce qu’il avait fait. Mon père me demande ce que je connaissais des Échecs et je lui dis que je pouvais le vaincre. Il me répondit « Cela n’est pas possible, tu ne connais même pas le déplacement des pièces ». Nous jouâmes une partie et je la gagnai. Cela fut mon début. »
Qui est-ce : Paul Morphy, José Raúl Capablanca ou Garri Kasparov ?
Selon son oncle Ernest, personne ne montra jamais à Paul Morphy comment jouer aux échecs. Il en appréhenda les règles en observant pendant de longues heures le déroulement des parties qui se jouaient à la maison. Au cours de l’une d’elles, le jeune Paul affirme à son père qu’il aurait dû gagner. Le père et l’oncle, surpris, car ils ne croyaient pas l’enfant capable de déplacer les pièces, encore moins de connaître une once de stratégie échiquéenne, regardent ébahis le petit Paul replacer les pièces sur l’échiquier et prouver son affirmation. Après cet épisode, sa famille reconnaît son talent. Il le démontre en jouant dans différentes compétitions, ainsi que lors de réunions familiales, le dimanche. À l’âge de 9 ans, il est déjà considéré comme l’un des plus forts joueurs de La Nouvelle-Orléans. En 1846, le général Winfield Scott, passionné du jeu et quelque peu pénétré de sa valeur, visite la ville et désire affronter un fort joueur local pendant la soirée. Un échiquier est préparé et l’on présente au général son adversaire : le petit Paul ! Croyant à une blague de mauvais goût, l’arrogant général s’offusque. Il accepte, cependant, de jouer et Morphy le bat facilement à deux reprises. La seconde fois, Paul annonce un mat forcé en six coups. Ces deux défaites face à un enfant mortifient tant l’ego du général, qu’il refuse de continuer à jouer et se retire pour la nuit. Il n’affronta jamais plus Paul Morphy.

C’est en regardant ses parents résoudre des problèmes que le jeune Garik Weinstein, futur Garri Kasparov, apprend la marche des pièces. Son père, pourtant peu intéressé par le jeu, lui enseigne les principes, mais ce sont ses oncles, pendant la maladie paternelle, qui l’inscrivent au cercle d’échecs du Palais des pionniers de Bakou à sept ans et, à la fin de l’année, Garri atteindra le grade de joueur de troisième catégorie.
Mais c’est bien José Raúl Capablanca, l’enfant prodige, qui relate ainsi sa découverte des Échecs à l’âge de quatre ans. Dès ses jeunes années, sa force au jeu est remarquable. À huit ans, au club d’échecs de La Havane, il affronte les meilleurs joueurs du pays. À treize ans, en 1901, il remporte un match contre le champion de Cuba Juan Corzo y Príncipe.


Qu’est-ce que le Zugzwang :
- être obligé de jouer ?
- il n’y a plus qu’un seul coup jouable ?
- placer une pièce devant un pion adverse de façon à bloquer son avance ?
Le blocus (ou blocage) est une technique positionnelle qui consiste à placer une pièce devant un pion adverse pour l’empêcher d’avancer, souvent de manière durable. Le blocus est particulièrement fort contre les pions passés, c’est-à-dire les pions qui n’ont plus d’adversaires sur leur colonne ou sur les colonnes voisines.
Le coup forcé : la nuance peut paraître subtile, mais elle existent entre zugzwang et coup forcé. Dans un coup forcé, un joueur n’a qu’un seul coup possible s’il veut éviter une perte immédiate — par exemple pour parer un échec ou une menace directe. Ce coup peut être bon ou mauvais, mais il est imposé par la situation.
En revanche, dans le zugzwang, plusieurs coups sont possibles, mais tous sont mauvais : c’est le fait même de devoir jouer qui détériore la position. Le zugzwang est une situation désavantageuse où le simple fait d’avoir à jouer entraîne la perte de la partie, quel que soit le coup joué. Si le camp concerné avait le droit de passer son tour, sa position resterait tenable, voire solide. Mais dans cette configuration, avoir le trait devient un handicap : tous les coups possibles affaiblissent la position. Le zugzwang apparaît le plus souvent en finale, où les possibilités sont limitées et chaque coup compte. Mais il peut aussi survenir en milieu de partie. Le terme vient de l’allemand Zug (coup, mouvement) et Zwang (contrainte), il pourrait se traduire par « obligation de jouer ».
Plus que tout autre joueur, Nimzowitsch excellait dans l’art de conduire son adversaire au zugzwang. Voici son Immortel Zugzwang contre Friedrich Sämisch. Cette partie fut appelée ainsi en raison du remarquable dernier coup : 25. h6. Nimzovisch ne fut cependant pas satisfait de sa victoire. Il estima que son adversaire n’était pas au mieux de sa forme et il dut être persuadé par ses éditeurs pour inclure cette partie dans son livre Die Blockade et quand il accepta, ce fut avec des excuses à son cher collègue.

Qui, de ces trois célébrités, n’est pas connu comme joueur d’échecs :
- John Wayne ?
- Fidel Castro ?
- Charles de Gaulle ?
Sans doute, le Grand Charles savait-il jouer au moins les bases. Mais je n’ai trouvé aucun témoignage, aucune photo ni aucun écrit évoquant un intérêt, même modeste, pour le jeu d’échecs. Contrairement à Churchill, Lénine, Staline ou même Kennedy, souvent photographiés devant un échiquier, De Gaulle semble n’avoir jamais manifesté publiquement le moindre goût pour ce jeu. Peut-être jugeait-il l’exercice trop tactique, pas assez stratégique à ses yeux...

L’image de John Wayne est souvent celle du rustaud sympathique et quelque peu brutal, débarrassant l’Amérique de ses vilains indiens, modèle du mâle américain. John Wayne était, en fait, un homme plus complexe qu’il n’y paraissait en surface.
Bon élève au collège, imbattable au bridge avec une grande capacité à compter les cartes, il termina ses études 45e de sa promotion de deux cents. Les avis diffèrent sur la qualité du jeu de John Wayne. Pour certains, John était très bon, capable de battre des joueurs expérimentés comme le réalisateur Josef von Sternberg qui devenait « livide » quand il perdait contre le Duke. Mais si notre géant de l’Ouest était si fort, pourquoi trichait-il, rapporte Robert Mitchum. Wayne avait des énormes mains qui lui permettaient de faire glisser avec adresse une pièce sur une autre case quand il jouait un nouveau coup. Quand Mitchum trouva le courage de lui dire qu’il trichait, Wayne répondit : « Je me demandais quand tu allais dire quelque chose. Replaçons les pièces et faisons une nouvelle partie ».
Aucune de ses parties ne fut conservée pour nous permettre de juger. Il semble qu’il fût un joueur moyen, mais passionné, proposant une partie sur les tournages dès qu’il en avait l’occasion et demandant aux metteurs en scène d’insérer une petite scène clin d’œil à sa passion.
Robert Mitchum raconte encore : « C’était un très bon joueur d’Échecs. À une occasion, j’observais une partie, je ne sais plus avec qui il jouait, mais il chiquait du tabac à l’époque. Il y avait donc là un crachoir. Mais il était tellement absorbé par la partie qu’il a tourné la tête, sans lâcher l’échiquier des yeux, et a craché.
— Oh merde, Duke ! ai-je lancé, brisant sa concentration.
— Qu’est-ce que c’est votre problème, M’sieur ?
— Bon Dieu, Duke , vous avez craché sur ma botte !
Eh bien, il pensait que c’était sans doute la chose la plus drôle qui soit jamais arrivé. Et il riait, riait. Je ne sais pas ce qu’il a trouvé si drôle, mais il riait, riait... »

Quant à Fidel Castro, on l’a vu, toute au long de sa vie, poser devant des échiquiers. Voici une de ces parties contre Filiberto Terrazas, une personnalité politique bien connue au Mexique.