L’Éléphant de Charlemagne

« Un éléphant d’ivoire, son chasteau dessus et un personnage d’homme dessus le chasteau ; et à l’entour de l’éléphant et chasteau, plusieurs personnages d’empereur et de roys, à cheval et de petit personnages à pieds ; estimé avoir cousté cent éscus ledit éléphant représenté semblable à un des échecs » le decrit-on en 1634. Conservée jusqu’à la Révolution française dans le trésor de l’Abbaye de Saint-Denis, il fut longtemps considérée comme une pièce d’échecs, cadeau du calife Haroun el-Rachid à Charlemagne.
Cette œuvre remarquable, sculptée dans une défense d’éléphant, fut longtemps considérée comme une pièce d’échecs, l’éléphant étant en effet l’ancêtre direct du fou moderne dans le jeu. Selon la tradition, cette pièce aurait été un présent du calife Haroun al-Rachid à Charlemagne. Conservée jusqu’à la Révolution française dans le trésor royal de Saint-Denis, elle est aujourd’hui exposée au musée du Louvre, où elle continue d’interroger historiens et amateurs d’art.
Sous le socle, une inscription en caractères coufiques donne le nom de l’artisan « œuvre de Yusuf al Bâhili ». Mais l’inscription a pu être rajoutée postérieurement. Le personnage principal, assis en tailleur dans un howdah (château de bois ou d’ivoire monté sur l’éléphant), est protégé par huit guerriers armés. Roi, seigneur, ou simple figure symbolique ? La fonction exacte de cette sculpture reste énigmatique ? Est-ce même une pièce d’échecs ?
Quoi qu’il en soit, cette sculpture est un magnifique témoignage de l’art figuratif qui caractérisait les pièces du chaturanga indien, ancêtre des échecs, ainsi que celles du chatrang persan antéislamique. Avant que la conquête arabe n’impose un style plus épuré, par respect des interdits iconographiques, les jeux étaient peuplés de formes animées, richement décorées. L’éléphant de Saint-Denis incarne ainsi la mémoire lointaine et la beauté d’un jeu aux multiples visages, à la croisée de l’art, du pouvoir et du mythe.